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Fondo Documental Dinámico
sobre la gobernanza de los recursos naturales en el mundo

L’agriculture éthiopienne face à l’accroissement du risque climatique

Escrito por: Hubert Cochet

Fecha de redaccion: mayo 2010

Organizaciones: AgroParisTech

Fuentes documentales

Cochet, Hubert. L’agriculture éthiopienne face à l’accroissement du risque. Communication. Dialogues Franco-éthiopiens : « Ethiopie : une société vulnérable au défi du risque climatique et environnemental ». Centre Français d’Etudes Ethiopiennes. Addis Abeba, 6 mars 2009

Resumen

Dans le cadre des dialogues franco-éthiopiens intitulés « Ethiopie : une société vulnérable au défi du risque climatique et environnemental » qui ont eu lieu à Addis Abeba le 6 mars 2009, Hubert Cochet (président d’aGter et professeur à AgroParisTech) a donné une conférence sur le thème : « L’agriculture éthiopienne face à l’accroissement du risque ».

Ce texte rappelle la prépondérance de l’agriculture dans l’économie éthiopienne et la corrélation claire entre vulnérabilité aux risques climatiques et pauvreté. En analysant les sources d’incertitude et de vulnérabilité pour les agriculteurs éthiopiens, Hubert Cochet évoque les moyens nécessaires à la réduction de ces risques et les pistes de développement à promouvoir pour cette agriculture.}

Les famines récurrentes dans différentes régions du pays et l’omniprésence de l’aide alimentaire révèlent des problèmes structurels à l’échelle nationale, qui pourraient bien être amplifiés par le changement climatique à venir. Parmi ces problèmes :

  • les dettes contractées pour avoir accès à un attelage, l’accès aux animaux de traction étant devenu encore plus stratégique que l’accès au foncier ;

  • les difficultés pour conserver ou obtenir des semences au moment des semis, qui causent un décalage des calendriers de récolte et empêchent d’assurer deux cycles de production dans l’année ;

  • les revenus agricoles insuffisants pour acquérir des moyens de production adéquats (semences, terres, intrants…) et investir dans l’exploitation.

Mais la situation agricole de l’Ethiopie s’explique aussi par l’histoire. Si la période post-révolutionnaire de 1975 à 1979 a permis, notamment dans la moitié sud du pays, la reconnaissance et la sécurisation de la tenure individuelle familiale, les tentatives ultérieures de collectivisation et de villagisation forcée ont, en revanche, fragilisé les systèmes agraires et décuplé les risques encourrus par les agriculteurs. Après la chute du régime du derg et la libéralisation qui s’en est suivi, la tenure paysane a été de nouveau reconnue mais les opérations plus récentes de réaffectation ou de titrisation n’ont pas toujours permis, loin s’en faut d’en finir avec l’insécurité foncière.

Face à ces échecs, les paysans et leurs pratiques ont presque toujours été tenus pour responsables et taxés « d’immobilisme ». Pourtant, en regardant en détail les pratiques culturales de la paysannerie, on observe des adaptations et des évolutions particulièrement efficaces : successions culturales intensives, diversité des productions, associations cultures/élevages, recyclage de la plupart des extrants qui permet une gestion exemplaire de la biomasse et une fixation efficace du carbone. Cette intensification des systèmes de culture et d’élevage a permis de répondre en partie aux besoins alimentaires croissants avec des surfaces et des moyens de plus en plus réduits. A contrario, la simplification des itinéraires techniques et l’érosion de la biodiversité agricole dans certaines régions de la moitié Nord du pays ont conduit à des crises alimentaires répétées. L’innovation agricole ne se trouve donc pas tant dans les solutions techniques modernes que dans les savoirs-faire paysans.

Ceci explique la réticence des paysans à adopter les « paquets » techniques imposés par les organismes de recherche agronomiques, qui ne peuvent exprimer leurs potentiels qu’avec des itinéraires techniques standards et simplifiés, inadaptés à la diversité des écosystèmes locaux et aux conditions socio-économiques. La rigidité et l’uniformité des paquets techniques promus par le programme WADU au Wolaïta illustrent l’impossibilité pour les paysans de se réapproprier ou d’adapter les innovations techniques proposées. Dans ces conditions, les rendements ont été bien inférieurs à ceux permis par les pratiques culturales traditionnelles et certains producteurs se sont trouvés piégés dans des cycles d’endettement. Imposer un paquet technique de manière unilatérale aux paysans ne permet donc pas d’améliorer la résilience de l’agriculture éthiopienne vis-à-vis du changement climatique et de résorber la pauvreté des populations rurales.

Les biotechnologies ne paraissent pas non plus une solution à ces défis, ne serait-ce que pour des raisons de délais de mise au point ou de coûts pour les paysans.

Par ailleurs, les pouvoirs publics, de plus en plus désengagés de toute intervention directe dans le secteur productif, ont de plus en plus tendance à laisser aux investisseurs extérieurs le soin d’apporter des capitaux au secteur agricole. C’est ainsi que des cadres législatifs attractifs ont permis l’émergence de productions lucratives : fleurs coupées dans la vallée du Rift et café « de forêt » dans le sud-ouest du pays illustrent ces tendances récentes.

Pour tenter de diminuer la vulnérabilité de l’agriculture éthiopienne et accroitre sa résilience, Hubert Cochet propose plutôt de miser sur la capacité d’innovation des agriculteurs eux-mêmes et de les appuyer dans cette voie.

Pour cela, il propose :

  • d’identifier les dynamiques en cours et de repérer les pratiques et innovations exprimant à la fois une stratégie de limitation du risque et une capacité de résilience accrue ;

  • de mettre en place des programmes d’accompagnement facilitant et sécurisant l’accès aux moyens de production, les politiques de prix pouvant largement y contribuer ;

  • de réduire l’aléa dans tous les domaines ou cela est possible, notamment lorsque c’est l’action publique elle-même qui est source d’aléa, d’incertitude et de vulnérabilité pour les producteurs les plus modestes : dans le domaine foncier, dans celui de la vulgarisation autoritaire de paquets techniques porteur de risques ou dans celui des « conditionnalités environnementales » imposées par le haut.

Retrouvez l’intégralité du texte d’Hubert Cochet en téléchargeant le document ci dessous

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