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Fonds documentaire dynamique sur la
gouvernance des ressources naturelles de la planète

L’aquaculture au service de la souveraineté alimentaire ?

Documents sources

Vuarin, Pauline. Rapport de stage AGTER 2007. L’aquaculture au service de la souveraineté alimentaire ?

Alors que la demande mondiale de poissons et de produits de la mer augmente, la pêche de capture est confrontée à une diminution des stocks de poissons sauvages. Les États côtiers, en particulier les pays développés, ont conduit de mauvaises politiques de gestion et de préservation de la ressource. Les poissons et produits de la mer sont pourtant l’une des principales sources de protéines animales pour les populations des zones côtières et la pêche artisanale concourt à la souveraineté alimentaire 1 de nombreux États du sud.

Photo 1 : France. Ostreiculuture. 2004.

La pêche de capture artisanale pâtit largement de cette crise de gouvernance du secteur des pêches. La privatisation des droits de pêche par le biais de quotas individuels transférables, la libéralisation du commerce du poisson 2, la pêche illicite, sont autant de limites et de défis qui restreignent les capacités des communautés de pêcheurs artisans.

Dans ce contexte d’amenuisement des stocks de poissons sauvages, l’aquaculture 3 apparaît comme un secteur porteur qui, d’ici quelques années, pourrait devenir la principale source d’approvisionnement en poisson.

Traditionnellement pratiquées dans les pays asiatiques, l’aquaculture extensive 4 et semi-extensive 5 s’intègre facilement aux systèmes agraires ou aux zones côtières et valorisent les potentialités naturelles du milieu en respectant la biodiversité et les écosystèmes. L’aquaculture artisanale est ainsi devenue une activité complémentaire à la pêche de capture pour de nombreux pêcheurs artisans. La pisciculture intégrée, issue du modèle chinois, qui comprend la rizi-pisciculture 6 et l’agro-pisciculture 7, permet d’offrir une activité complémentaire aux agriculteurs et valorise les terres marécageuses et salines.

Ces systèmes de production aquicoles répondent aux prérogatives de gestion durable des écosystèmes et réduisent la pression exercée sur les stocks de poissons sauvages. Ils favorisent la sécurité et la souveraineté alimentaire des pays en voie de développement en créant des nouvelles opportunités d’emplois et en offrant un moyen de subsistance alternatif à la pêche de capture et même à l’agriculture.

L’aquaculture artisanale se doit d’être reconnue comme un système de production alimentaire indispensable pour les pays du sud et doit être considérée en priorité dans l’élaboration des politiques de développement du secteur. La pisciculture, qui se pratique en majorité dans les eaux continentales, doit être pensée en étroite relation avec le secteur agricole, du fait des interactions écologiques, économiques et sociales, existantes entre ces deux secteurs d’activités.

Pourtant, l’aquaculture est soumise aux mêmes enjeux mercantiles et d’accaparement des ressources que la pêche de capture. Les États côtiers du Sud, principalement en Asie et dans certains pays d’Amérique Latine, tendent à développer l’aquaculture intensive 8 pour répondre aux opportunités du marché, liées à la demande croissante de poissons et de produits de la mer dans les pays du Nord. Pour satisfaire la demande du marché mondial en espèces nobles (crevettes, saumon, esturgeons), des milliers d’hectares, normalement alloués à la culture des terres, sont transformés en bassins d’élevages. Cette production, tournée exclusivement vers l’exportation, a des conséquences sociales et environnementales désastreuses.

L’aquaculture intensive détruit les écosystèmes et la biodiversité et pollue l’eau des milieux aquatiques du fait de l’utilisation massive d’intrants. Les élevages de crevettes génèrent de nombreux conflits (Équateur) du fait de l’accaparement des terrains, de l’utilisation de terres agricoles, du blocage de l’accès vers les lieux de pêche traditionnels et porte gravement atteinte à la biodiversité des mangroves. Les élevages de saumons sont source de pollution des eaux et transmettent des maladies aux stocks de poissons sauvages.

Alors que l’aquaculture intensive est sensée pallier la raréfaction des ressources de poissons sauvages dans les pêcheries et par-là même satisfaire la demande mondiale de poissons, les poissons carnivores d’élevages industriels consomment de l’huile et de la farine de poissons qui proviennent de la pêche de capture. Un saumon d’élevage de 3 kg consomme, pendant sa captivité, 12 kg de poissons capturés en mer. En remettant en cause le droit traditionnel des pêcheurs artisans sur leurs ressources naturelles et en exerçant une pression sur la terre et sur les petits agriculteurs, l’aquaculture industrielle nuit à la souveraineté alimentaire des populations des pays en voie de développement en empêchant la production locale de denrées alimentaires indispensables.

Pour que l’aquaculture ne devienne pas l’apanage des entreprises privées et des multinationales de la pêche industrielle et pour que cette activité serve véritablement la sécurité et la souveraineté alimentaire, les États côtiers et la communauté internationale doivent mettre en place un cadre institutionnel qui favorise le développement d’une aquaculture durable et plus responsable. Le code de conduite pour une pêche responsable9, édicté par la FAO en 1995, explicite spécifiquement dans son chapitre 9 ce que doit être le bon développement de l’aquaculture. Il encourage les États à mesurer les effets des systèmes de production aquicoles pour évaluer leurs conséquences sur la diversité génétique et l’intégrité des écosystèmes. Il insiste aussi sur le fait que le développement de l’aquaculture ne doit pas avoir d’effets négatifs sur les moyens d’existence des communautés locales et leur accès aux zones de pêche. Pour renforcer cette perspective, les communautés de pêcheurs, et notamment le Forum Mondial des Pêcheurs et Travailleurs de la Mer (FMPTM), prennent position pour un modèle alternatif à l’aquaculture industrielle, à savoir un modèle intégré aux systèmes traditionnels de production.

Dans le cadre du forum sur la souveraineté alimentaire, en septembre 2001 à la Havane 10, les pêcheurs artisans se sont prononcés pour une aquaculture durable qui pourrait contribuer à la sécurité et à la souveraineté alimentaire, pour une production de poissons exclusivement réservée à la consommation humaine, pour la généralisation de zones de réserve 11 qui donnent la primauté d’accès, à une zone de la mer territoriale, aux communautés de pêcheurs et aquaculteurs artisans et contre l’élevage d’organismes génétiquement modifiés (OGM).

Notes :

1 Voir Avendaño, Pedro La pesca en la discusión de la soberanía Alimentaría, WFF (FMPTM), avril 2006, 21p.

2 Voir Avendaño, Pedro. OM y Nama, el futuro de la OMC no es futuro de un mundo mejor, WFF (FMPTM), mai 2005, 19p.

3 Aquaculture : Activité consistant à cultiver des plantes aquatiques et élever des animaux (poissons, mollusques, crustacés) dans un environnement modifié. Elle recouvre divers systèmes de production à l’intérieur des terres et dans les zones côtières. Elle est pratiquée dans les milieux d’eau douce (carpes, poissons-chats, tilapias, truites), dans les milieux saumâtres (crevettes, tilapias, poissons-lait, muges) et dans les milieux marins (algues, conchyliculture, ostréiculture, pisciculture).

4 Aquaculture extensive : Production d’animaux dans de vastes environnements avec des rendements à la surface faibles.

5 Aquaculture semi-extensive : Surfaces de production de quelques hectares. Même sans alimentation artificielle des élevages, les rendements peuvent être beaucoup plus important que sur des gisements naturels exploités par la pêche. Activité qui est souvent le fait d’exploitation familiale.

6 Rizipisciculture : Production combinée du riz et de poissons ou de crevettes dans les rizières. Récoltes alternées et/ou simultanées de riz et de poisson ou crevettes. Utilisation de la rizière pour l’alevinage.

7 Agropisciculture : Production combinée de cultures agricoles et de poissons dans les bas-fonds.

8 Aquaculture intensive : Production d’animaux sur des petites surfaces, étangs, enclos, bassins, cages, avec des rendements élevés. Recours à des intrants et à la farine de poissons pour nourrir les élevages de poissons carnivores (saumon). L’aquaculture intensive est souvent le fait d’entreprises privées, de multinationales, qui ont la mainmise sur le foncier de la zone côtière.

9 Code de conduite pour une pêche responsable, FAO, 1995, 46p

10 Déclaration et accords de la Havane, rencontre internationale sur la pêche artisanale et la souveraineté alimentaire, FPH, septembre 2001, 3p.

11 Avendaño, Pedro. La zona de reserva de la pesca artesanal, una responsabilidad nacional e internacional, 7p.

Bibliographie

Avendaño, Pedro La pesca en la discusión de la soberanía Alimentaría, WFF (FMPTM), avril 2006, 21p.

Avendaño, Pedro. OM y Nama, el futuro de la OMC no es futuro de un mundo mejor, WFF (FMPTM), mai 2005, 19p.

Code de conduite pour une pêche responsable, FAO, 1995, 46p

Déclaration et accords de la Havane, rencontre internationale sur la pêche artisanale et la souveraineté alimentaire, FPH, septembre 2001, 3p.

Avendaño, Pedro. La zona de reserva de la pesca artesanal, una responsabilidad nacional e internacional, 7p.