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Faim dans le monde: un milliard, ou plus de deux milliards de personnes ?

Rédigé par : Frédéric Dévé

Date de rédaction : février 2013

Organismes : Association pour contribuer à l’Amélioration de la Gouvernance de la Terre, de l’Eau et des Ressources naturelles (AGTER)

Type de document : Article / document de vulgarisation

Résumé

Les chiffres de la faim dans le monde publiés par la FAO en 2012 n’ont étonné personne. Ils restent élevés pour les pays en développement, mais semblent décroitre légèrement depuis 20 ans. Mais en lisant les annexes du rapport STATE OF FOOD INSECURITY, on prend conscience de l’incertitude qui pèse sur ces données.

Dans cet article très court, l’auteur souligne que la FAO a modifié et affiné l’an dernier sa méthodologie d’évaluation de la faim dans le monde. Sur la base des annexes de ce même rapport, Frédéric Dévé relève que l’estimation de 870 millions de personnes sous-alimentées est très probablement largement inférieure à la réalité, qui se situerait plutôt entre 1,5 et 2,5 milliards d’individus !

Alors que l’on approche de 2015, année fixée pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), voilà des chiffres qui devraient faire la une des journaux et nous faire tous réfléchir.

Il faut toujours lire attentivement les annexes des rapports et regardez quelles ont été les méthodologies utilisées. Les incertitudes sur les ordres de grandeur des phénomènes que l’on étudie sont parfois considérables !

Le rapport de la FAO sur l’état de l’insécurité alimentaire 2012, publié en automne dernier, a présenté de nouvelles estimations du nombre et de la proportion de personnes sous-alimentées.

La méthodologie aboutit à estimer que la sous-alimentation chronique touche encore 870 millions de personnes dans le monde, dont 850 millions dans des pays en développement. Il n’y a pas eu de scoop ni d’agitation particulière autour de cette publication.

Et pourtant … une observation importante mérite d’être faite. La méthodologie d’estimation du rapport 2012 a en effet été ajustée, et parmi les innovations, il s’en trouve une qui peut questionner drastiquement les chiffres retenus et diffusés, et l’optimisme ambiant (très relatif il est vrai) concernant l’objectif du millénaire N°1.

Une nouvelle méthode de calcul

C’est un indice de prévalence de l’inadéquation de l’alimentation qui a été utilisé, et non plus l’ancien indice de privation chronique d’alimentation.

Ce nouvel indicateur est analogue conceptuellement à l’ancien, mais

  • 1) il est calculé en établissant le seuil calorique de la sous-alimentation par rapport aux besoins énergétiques à un niveau plus élevé; et surtout,

  • 2) le seuil calorique retenu peut maintenant être décliné en fonction des besoins énergétiques de trois différents styles de vie: activité physique modérée, normale et intense.

Et c’est selon chacun de ces trois styles de vie que l’indice permet de mesurer maintenant le pourcentage de la population qui est en risque de ne pas couvrir ses besoins alimentaires.

Une hypothèse discutable

Dans un souci de transparence, la FAO publie sa méthodologie dans l’annexe technique du rapport.

Personne n’y a prêté garde. Il y apparaît cependant que le chiffre de 870 millions de personnes repose sur l’hypothèse d’un style de vie à activité physique « modérée ».

Voilà qui est surprenant, peut-on se dire. En effet, les trois quarts des personnes souffrant de la faim sont des ruraux des pays en développement pour lesquels cette hypothèse ne saurait s’appliquer. Que l’on pense aux femmes et enfants dans les travaux aux champs pour la préparation du sol et les récoltes, aux distances parcourues pour avoir accès à l’eau, au marché, au bois, aux journées de dur labeur comme journaliers … s’agit-il d’activité physique modérée ?

Si l’on applique l’hypothèse d’une activité « normale », le chiffre des personnes affectées par la sous-alimentation passe à 1,5 milliard de personnes. Si on retient l’hypothèse d’une activité « intense » (plus réaliste au regard du style de vie de beaucoup de paysans), ce chiffre passe à 2,5 milliards de personnes.

Entre 1,5 et 2,5 milliards d’affamés

Il semble sur ces bases que ce n’est donc pas le chiffre de 870 millions d’affamés qu’il faut avoir en tête, mais quelque chose entre 1,5 milliards et 2,5 milliards d’affamés.

(voir le graphique ci dessous)

Graphique 1. Sous alimentation et inadéquation de l’alimentation dans les pays en développement. Impact des hypothèses sur le niveau d’activité physique des personnes sur les estimations du nombre d’individus dont les besoins énergétiques ne sont pas couverts (Source : FAO, 2012. State of Food Insecurity. Annexe 2)

Bibliographie

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