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Réformes agraires, marchés fonciers, organisations paysannes: échecs et défis. Les cas du Nicaragua et du Honduras

Rédigé par : Michel Merlet

Date de rédaction : mars 1999

Organismes : Institut de Recherche et d’Applications des Méthodes de Développement (IRAM)

Type de document : Article scientifique

Documents sources

Merlet, Michel. Réformes agraires, marchés fonciers, organisations paysannes: échecs et défis. Les cas du Nicaragua et du Honduras. (Communication préparée pour l’atelier international organisé par le CIESAS et l’IRD. TRANSITIONS FONCIERES ET CHANGEMENT SOCIAL. Mexico. 9-11 mars 1999. 26 pages) (téléchargeable en bas de cette page)

Résumé

Une traduction en espagnol de cette communication a été publiée dans « Políticas y regulaciones agrarias », IRD, CIESAS. Mexico, Décembre 2003. 34 pag.

Résumé de la communication

Les histoires agraires coloniales et post coloniales du Nicaragua et du Honduras présentent beaucoup de similitudes. Ces deux pays centro-américains ont aussi été, au cours des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, le théâtre de réformes agraires qui se voulaient ambitieuses, menées cependant dans des contextes politiques et idéologiques tout à fait spécifiques. Curieusement, dans les années quatre vingt dix, tant le Honduras que le Nicaragua ont vu s’effondrer avec une rapidité étonnante une bonne partie de ce que l’on pensait être les acquis de ces transformations agraires, pourtant construites avec un fort soutien de l’État pendant de longues années.

Certes, les mesures d’ajustement structurel qui ont été appliquées dans ces pays ont cherché à privilégier les mécanismes de marché : dans la même période, les programmes antérieurs de réforme agraire ont été explicitement stoppés. Mais au delà du débat sur l’intérêt et le bien fondé de telles politiques, ce qui pose question, c’est l’incroyable fragilité des mécanismes qui avaient été mis en place lors de réformes agraires qui avaient pourtant été le fruit de luttes sociales très dures, ayant impliqué de lourds sacrifices économiques et humains.

Après avoir rappelé les grands traits des transformations foncières réalisées au Nicaragua et au Honduras, et après avoir exposé rapidement ce qu’il est advenu des acquis de ces réformes depuis le début des années 90 et la nature des politiques foncières aujourd’hui en vigueur, nous essayerons d’apporter quelques éléments d’analyse pour mieux comprendre la nature des faiblesses des réformes agraires de ces deux pays. Nous observerons la non prise en compte de caractères pourtant évidents de la question foncière, comme par exemple le besoin d’intégrer la dimension temporelle dans l’analyse.

On retrouve souvent des situations de même nature en Amérique Latine, ce qui n’est bien sûr pas un hasard et s’explique par la nature des sociétés latino-américaines et leur genèse historique. Cette situation perdure puisqu’on retrouve aujourd’hui, dans un contexte idéologique complètement différent, des vices théoriques de même nature au sein des propositions libérales visant au renforcement du marché foncier, préconisées et appliquées au sein des programmes d’ajustement.

Les cas du Nicaragua et du Honduras illustrent bien le fait que toute analyse des problèmes fonciers ne peut être que dialectique. Il apparaît clairement que le débat entre le « tout État » et le « tout marché » est avant tout idéologique. Non seulement il ne rend pas compte de la réalité, mais il la rend plus opaque à l’observation et fait obstacle à la découverte des vrais raisons des phénomènes et à la prise ne compte des intérêts cachés des différents groupes sociaux.

Les politiques issues de ce débat déformé et caricatural loin d’être anodines ont eu des conséquences économiques, sociales, humaines dramatiques, qui sont en partie irréversibles. Les réformes agraires qui visaient à s’abstraire du marché et à régler les

contradictions d’une façon dirigiste ont le plus souvent échoué et parfois eu a posteriori des effets opposés à ceux qui étaient recherchés. Les marchés fonciers, du fait de la spécificité du bien particulier qu’est la « terre », ne peuvent fonctionner de façon viable et durable que s’ils font l’objet de mécanismes permanents de contrôle et d’intervention. Or ces mécanismes exigent le fonctionnement d’institutions spécifiques, au sein desquelles les principaux acteurs directement concernés par la question foncière doivent pouvoir participer. Cette lente construction n’a pas bénéficié de l’espace nécessaire pour se développer dans la région : les transformations, radicales seulement en apparence, n’ont dès lors pas réussi à modifier durablement les rapports sociaux dans les campagnes ni les rapports de force autour du foncier.

Comme dans d’autres régions du monde, par delà l’individuel et le collectif, le défi est donc aussi en Amérique Centrale de construire pas à pas les outils d’une gestion patrimoniale, optimisée dans la durée, du bien commun que constitue la terre.

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